Sarah Moon au MAM, un endroit où se reposer

Sarah Moon part à la recherche du blanc, d’un quelque chose qui pourrait sauver la vie. D’une couleur qui serait pure, excitation et pauvreté du dire. Une couleur qui s’imposerait comme l’idée d’une photo, comme s’il n’y avait plus qu’à gratter, à redescendre ici bas, pour alors trouver des stries de noir, un sujet, un objet, un animal jeté comme ça, peut-être en train de s’étouffer ou de s’essouffler mais bien vivant, parfois en couleurs.

Et le noir ici se bat aussi contre la mort. Le noir et le blanc sont un même combat contre les ténèbres dont on ne saurait deviner les contours. Les formes sont noires, le fond est blanc. Pas d’opposition, une tension qui crée un entre deux, une douceur parfois, l’impression d’un flou, les sujets nous hantent comme une nostalgie présente malgré nous, celle d’une plage où nous aurions été, d’un cirque que tout le monde a visité.

Ce sont des photos de maïeutiques, elles sortent de nous des êtres neufs ayant toujours existé et nous voilà en présence d’un visage voilé de blanc à dévoiler, aletheia, se souvenir d’une commune présence ressentie autrefois devant une forêt humide. Elles sont le sel de toute tendresse, une abnégation devant la folle certitude qu’il y a quelque chose, elles créent un espace simple, mouvant, vivant, impossible à reconstruire, mettant sans cesse en péril nos représentations les plus certaines.

Le blanc et le noir persistent comme deux entités opposées tout en ne formant qu’un seul appel à la mort et au vivant, à la contemplation en somme. Les photos de Sarah Moon sont un endroit où aller mourir comme pour mieux apprécier le silence des foules vivifiantes, la lecture qui précède l’intendance quotidienne et qui la termine avant de dormir, le livre posé sur le ventre qui respire.

Jonathan Chanson – octobre 2020