[Expresso] Emmanuel Godo, « Puisque la vie est rouge », chez Gallimard

« Puisque la vie est rouge » d’Emmanuel Godo est le recueil d’une singularité. L’auteur a consacré de nombreux essais à ses auteurs favoris, dont Nerval et Claudel. Il a écrit des textes narratifs dont le dernier en date « Conversation avenue de France, Paris 13e, entre Michel Houellebecq écrivain et Evagre Le Pontique », est un roman sensible et méditatif, comme un dialogue entre Emmanuel Godo et Michel Houellebecq, comme un miroir, un jeu des personnalités évoquant Gracq, Céline, Flaubert et Maeterlinck.

Emmanuel Godo publie maintenant son deuxième recueil de poèmes chez Gallimard. Mais là où le roman invitait au jeu de l’intertextualité, le recueil de poèmes qui vient de paraître fait résonner une voix jamais entendue jusqu’à présent. Le vers acéré et court, le sujet simple, la langue épurée mais riche, s’il n’y avait qu’une référence ce serait encore Maeterlinck. Plus pour le sujet de l’humilité, du tragique quotidien et de l’invisible à l’œuvre dans l’âme humaine que pour le style littéraire. Car là où Maeterlinck préférait faire sonner le silence des mélancolies, Emmanuel Godo ne peut se départir d’une joie qui éclaire son apparente plume sombre. Car c’est bien un espoir que donne le poète, l’espoir de trouver son propre poète, la voix en soi qui viendrait justifier sa vie. Emmanuel Godo nous fait cheminer vers une ascèse jouissive, nous rappelle la sécheresse du monde et son ivresse nécessaire, nous fait croire en sa beauté et son impensable vanité :

« Dans ce monde où l’on appelle roi

Un homme qui cesse un instant de trembler »

Nous dit Emmanuel Godo.

Aussi pur que le texte du mystique Jean de Ruysbroeck, « l’habitation intérieure », aussi profond que « l’habitant intérieur » évoqué par Claudel dans sa correspondance, le poète nous souffle dans « Puisque la vie est rouge », dans ces vers désabusés et lumineux :

« Et chaque instant est un gouffre

Dans lequel on pourrait se perdre

Et moi je continue de croire

Que le monde intérieur de l’homme est un miracle »

Le poète se met à nu, il invente ici les mots de la vulnérabilité réconfortante.

Jonathan Chanson