[Expresso] « Infini » de Boris Charmatz, la vie sort des répétitions

Six interprètes sur scène qui évoluent entre des gyrophares posés à même le sol. Une partition apparement chaotique rappelant le foisonnement de gestes de « 10000 gestes ». Des voix qui se font entendre, pour compter, décompter, avec ou contre le tempo, des voix qui chantent, remarquablement bien. Les corps et les nombres envahissent la scène à tel point qu’on pourrait croire en la volonté de créer un danseur numérique. Mais ce qui marque le plus dans « Infini », ce sont les sorties de routes, les scories, qui laissent le vivant prendre le dessus sur la métrique implacable. Le nombre en art vivant, c’est la répétition et, ici, la vie s’échappe de la répétition. Une voix qui vacille, un gyrophare qui tombe, un pas mal assuré, un porté bancal, le récit des intimités des danseurs, une subjectivité étonnante dans le récit du nombre, dans la chronologie égrenée sur scène, tout cela transpire avec les interprètes dans une débauche d’énergie et un jaillissement formidable d’élan vital. Point de grand spectacle mais une vie qui déborde et le pari réussi d’une conception de l’infini.

J. C. Septembre 2019