Retour grinçant

Ostermeier a mis en scène un texte de Didier Eribon. Le dispositif est simple, un écran sur lequel se joue le film de la vie de Didier Eribon et d’une histoire politique fantasmée ou déformée, une comédienne qui assure le doublage avec une voix détimbrée horripilante et soporifique. Dans la cabine de doublage représentée sur scène, le réalisateur qui a la même couleur de jeu du début à la fin, et le propriétaire du studio de doublage qui, s’il ne chantait pas un rap hors sujet mais vendeur et n’intervenait pas à la fin du spectacle dans une critique du colonialisme surréaliste, serait fantomatique. Les échanges entre les trois protagonistes, au début, au milieu et à la fin du spectacle rappellent les sitcoms comme « Le miel et les abeilles » ou « Hélène et les garçons » tant dans l’écriture ronflante, pleine de clichées (étonnant moment sur le complotisme, navrant) que dans le jeu, plat, sans énergie, sans âme : bienvenue dans les poncifs sur les intermittents. On croirait plus un documentaire à charge sur le milieu artistique, apparemment idiot et benêt, qu’une pièce de théâtre politique coup de poing.

Le discours politique égrené ça et là, sans remettre en cause la réalité de l’histoire de Didier Eribon, est digne d’un manuscrit de « La politique pour les nuls » ou d’une mauvaise rédaction de lycée. On a tant vanté l’intervention d’images des gilets jaunes dans le récit, en réalité c’est un coup de mise en scène comme sait les faire Ostermeier, pour faire parler. Le passage dure quelques minutes et ne dit rien du mouvement, preuve qu’il embarrasse toujours le monde de la culture. Pour résumer, le propos politique tient dans le fait que la gauche ayant abandonnée les ouvriers, ces derniers se seraient tournés vers l’extrême droite avec cette question finale : que va devenir la gauche ? Il y a beaucoup de simplifications, peu de faits objectifs. La réponse à la question sur l’extrême droite reste en suspend… Ostermeier se prend à son propre piège, l’on aurait souhaité voir là une mise en abime de sa réflexion mais ce ne sont que les abysses de l’ignorance et de la naïveté. On regrette que ce Retour à Reims ait tant été encensé quand tant d’autres formes artistiques politiques valent mille fois mieux.

J. C. Février 2019